Le parti pris du Galet

« Terne au sol, comme le jour est terne par rapport à la nuit, à l’instant même où l’onde le reprend elle lui donne à luire. Et quoiqu’elle n’agisse pas en profondeur, et ne pénètre qu’à peine le très fin et très serré agglomérat, bcfb256x320.jpgla très mince quoique très active adhérence du liquide provoque à sa surface une modification sensible. Il semble qu’elle la repolisse, et panse ainsi elle-même les blessures faites par leurs précédentes amours. Alors, pour un moment, l’extérieur du galet ressemble à son intérieur : il a sur tout le corps l’œil de la jeunesse.[...] Sorti du liquide, il sèche aussitôt. C’est-à-dire que malgré les monstrueux efforts auxquels il a été soumis, la trace liquide ne peut demeurer à sa surface : il la dissipe sans aucun effort. Enfin, de jour en jour plus petit mais toujours sûr de sa forme, aveugle, solide et sec dans sa profondeur, son caractère est donc de ne pas se laisser confondre mais plutôt réduire par les eaux. Aussi, lorsque vaincu il est enfin du sable, l’eau n’y pénètre pas exactement comme à la poussière. Gardant alors toutes les traces, sauf justement celles du liquide, qui se borne à pouvoir effacer sur lui celles qu’y font les autres, il laisse à travers lui passer toute la mer, qui se perd en sa profondeur sans pouvoir en aucune façon faire avec lui de la boue.

Francis Ponge, Le Galet, dans Le parti pris des choses (Œuvres complètes I, la Pléiade 1999)



Mais qui?

« Mais qui se soucie de regarder un caillou ? On pousse devant soi quelques idées distraites qu’on croit indiscutables. Et le passant va son chemin, cherchant un ami peut-être, ou le sens de la vie, ou la maison de20070826arcachon02300x225.jpg Dieu. Tout était là pourtant, sur le bord de la route, dans ce morceau de roc effleuré d’un œil vague. Il aurait suffi de se pencher sur lui, et de faire sa connaissance. Il aurait suffi de renoncer un instant à quelques certitudes, à quelques suppositions. Il aurait suffi d’un peu d’oubli de soi, d’un rien d’amour. Si vous aimez les choses, elles viennent, elles vous parlent, elles se mettent d’elles-mêmes à votre service. L’amour que vous donnez à ce caillou provoque l’éveil de l’amour endormi dans ce caillou, parce que dans toute chose il y a de l’amour endormi, du désir d’échange, des élans de gratitude qui n’attendent que d’être réveillés. »

Henri Gougaud



Mur de Pierre, non, de Léopold

« De jeunes figures animées de vaillance se hissaient le long du mur avec une agilité et une malice toutes simiesques. »

Maurice Barrès, La Colline inspirée (1913)

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trop fort
Leopold, le Lion Vaillant



Oups, j’ai glissé…

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« La dernière raison des rois, le boulet. La dernière raison des peuples, le pavé. »

Victor Hugo



La marelle (de merel, mereau, XIIe s., « palet, jeton, petit caillou »)

« La marelle se joue avec un caillou qu’on pousse de la pointe du soulier. Éléments : un trottoir, un caillou, un soulier et un beau dessin à la craie, de préférence en couleurs. Tout en haut, il y a le Ciel et tout en bas, la Terre ; il est très difficile d’atteindre le Ciel avec le caillou, on vise toujours mal et le caillou sort du dessin. Petit à petit, cependant, on acquiert l’habileté nécessaire pour franchir les différentes cases (marelles escargots, marelles rectangulaires, marelles fantaisie, peu employées) et un beau jour, on quitte la Terre, on fait remonter le caillou jusqu’au Ciel, on entre dans le Ciel. (Et tous nos amours, sanglota Emmanuèle à plat ventre), l’ennui c’est que juste à ce moment là, alors que très peu de joueurs ont eu le temps d’apprendre à conduire le caillou jusqu’au Ciel, l’enfance s’achève brusquement et l’on tombe dans les romans, dans l’angoisse pour des prunes, dans la spéculation d’un autre Ciel où il faut aussi apprendre à arriver. Et parce qu’on est sorti de l’enfance (Je n’oublierai pas le temps de cerises, cria Emmanuèle en trépignant), on oublie que pour arriver au Ciel on a besoin d’un caillou et de la pointe d’un soulier. »

Cortazar

marelle1210x292.jpgPour jouer à la marelle il faut dessiner une marelle par terre avec une craie, ou la tracer avec un baton sur du sable.
Ensuite il faut lancer le caillou ou la boîte dans la première case, puis sautiller à cloche pied dans les autres cases jusqu’en haut, se retourner, revenir de la même manière et ramasser le caillou au passage. Si le caillou va dans ENFER, hop, on passe son tour.
On ne doit jamais marcher sur les traits ni poser les deux pieds sauf sur les doubles cases (4 et 5 et 7 et 8).
Une fois revenu sur « TERRE » on lance le caillou dans la case numéro 2 et ainsi de suite.
Il existe une variante dans laquelle au lieu de ramasser le caillou on doit le pousser du pied pour le ramener sur la terre.



Inushuks 2 : Debout les Cailloux

Discours donné à l’occasion de la cérémonie d’investiture dans l’Ordre du Canada, Ottawa, le 21 février 2003 par Adrienne Clarkson

« …Il y a parfois eu un guide dans votre cartographie mentale, une ou plusieurs personnes qui vous ont aidés à devenir la personne que vous deviez être. Des gens comme des Inushuks qui indiquent la direction àarnaktauyokinukshuk2235x250.jpg travers le désert blanc qu’est notre Nord. Ils ont aidé à donner forme et orientation à votre but, ou à ce que vous croyiez être votre but. Si ces personnes sont ici avec vous aujourd’hui, c’est parce que vous les avez incluses dans votre carte de rêve mentale. Ils représentent les coordonnées de votre géographie spirituelle. Ils vous ont aidés à suivre un sentier du rêve. Tout au long de ce sentier, vous avez rassemblé expérience, intuition et talent au service d’un accomplissement remarquable. Ayant voyagé le long de ces sentiers du rêve, vous pouvez aider les autres en les leur interprétant grâce à des représentations qu’ils pourront suivre. C’est de cette manière que les exploits personnels peuvent servir les intérêts supérieurs du bien commun. C’est de cette responsabilité spéciale dont je parlais. Vous tous êtes maintenant devenus des Inushuks qui doivent indiquer la voie aux autres, les guider, les encourager, devenir des symboles de ce qu’on peut réaliser dans notre société – si dans notre âme nous connaissons le chemin, si nous suivons notre piste de rêve. »

Image : Germaine Arnaktauyok

 



Et qui sait si ces cailloux ne sont pas mon cœur éclaté ?

Ecrit à Beyrouth en 1974

tripoli176x285.jpg- Père, que fais-tu ?
- Je suis à la recherche de mon cœur. Il est tombé à terre l’autre nuit.

- C’est par ici que tu vas le retrouver ?

- Où donc alors ? Je me baisse vers le sol comme les paysannes en octobre ramassent les olives.

- Tu ne trouveras que des cailloux !

- Bah ! ça entretient ma mémoire et nourrit la conscience que j’ai de moi. Et qui sait si ces cailloux ne sont pas mon cœur éclaté ? Du moins me serai-je entraîné à la recherche solitaire de cette chose qui, égarée, m’a égaré moi-même. Et rien que de chercher c’est, n’est-ce pas ? la preuve que je refuse mon égarement. C’est aussi prouver mon égarement aussi longtemps que je n’ai pas retrouvé cette chose égarée…

Chronique de la tristesse ordinaire, Mahmud Darwish, Ed. du Cerf, 1989



Pensée du jour

Qui s’obstine à mordre un caillou ne réussit qu’à se briser les dents.
De Jussieu, L.-P.

ça a le mérite d’être clair…. à bon entendeur salut!



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