Le casseur de cailloux

En pèlerinage à Chartres, Charles Péguy voit un type fatigué, suant, qui casse des cailloux.
Il s’approche de lui :
 » Qu’est-ce que vous faites Monsieur ?  »
 » Vous voyez bien, je casse des cailloux, c’est dur, j’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai faim. Je fais un sous-métier, je suis un sous homme « .

Il continue et voit un peu plus loin un autre homme qui casse les cailloux ; lui n’a pas l’air mal.
 » Monsieur, qu’est-ce que vous faites ?  »
 » Eh bien, je gagne ma vie. Je casse des cailloux, je n’ai pas trouvé d’autre métier pour nourrir ma famille, je suis bien content d’avoir celui-là « .

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Péguy poursuit son chemin et s’approche d’un troisième casseur de cailloux, qui est souriant et radieux :  » Moi, Monsieur, dit-il, je bâtis une cathédrale. « 

Le bonheur n’est pas un état, mais une aventure. Quand on a une cathédrale dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même manière…



Les Géants de Cambayrac (in the Lot)

heslewood.gifDans le très bel ouvrage « Contes et légendes des deux rivières, Dordogne et Lot », aux éditions du Laquet, on peut trouver la légende du dolmen de Sérignac, tout proche de Cambayrac. Dolmen gargantuesque qui avait fait l’objet d’une aventure in the Lot et du coup d’un article il y a quelques temps déjà (lire l’article). Ici, Juliet Heslewood (avec le concours de Laurent Britsch pour les sympathiques illustrations – où enfin les princesses ont des gros nez, j’adore…) nous raconte sans trop rabelaitiser l’histoire des deux géants…

« Il était une fois un couple de géants. Ils vivaient dans une grande grotte qu’il étaient néanmoins parvenu à rendre tout à fort agréable. Ils n’appartenaient pas à cette espèce de géants qui qui aiment à s’immiscer dans les affaires d’autruit et ils semblaient assez satisfaits de passer leurs journées ensemble.

« Que dirais-tu d’une promenade mon coeur », proposerait le géant à sa femme en regardant les premiers signes du printemps nouveau.

(suite…)



La légende de la Pierre qui Tourne

Chuuuuut, écoutez l’histoire….

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Le chêne qui avait un caillou dans la chaussure…

Il était un géant, berger de son métier, qui menait son troupeau tout près de Lentillac-du-Causse, in the Lot. Alors qu’il n’était parti que depuis un kilomètre seulement en direction de Figeac, une douleur vive au talon le contreint à s’arrêter là…
« Comment les cailloux ont-ils appris à entrer dans les chaussures mais n’ont jamais appris à en sortir ? »
Le géant, un peu gland, ne put certainement jamais répondre à cette question, car il prit racine et devint chêne. Aujourd’hui, ayant subit l’usure du temps, sa chassure a disparu, et seuls les taquins cailloux restent au pied du gros arbre, surmontés d’une cheville de 4 m de circonférence.

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Il est dit que si on ne trouve pas de solution à un problème, il faut suprimer le problème. Les moutons qui viennent encore parfois rendre visite à leur vieil ami en s’abritant sous son dru feuillage l’ont bien compris, eux : ils ne portent pas de chaussures…



On n’est jamais perdu quand on a des cailloux…

charlesperrault1275x432.jpg 1693, en France. Au plus fort du petit âge glaciaire, l’hiver est marqué par une famine générale. Il n’y a plus rien : ni récoltes, ni fruits, ni pif, ni cabéc’, plus de gibier dans les forêts : même les loups s’attaquent aux hommes. Le trésor épuisé par les guerres ruineuses de Louis XIV ne permet pas d’acheter du blé à l’étranger. La misère règne sur le pays. Tan tannnnn….

Quatre ans plus tard, Charles Perrault publie la première édition d’un conte faisant référence à cette grande famine : le Petit Poucet

ptipouc1.jpgBenjamin d’une fratrie de sept enfants (tout comme Charles), le Petit Poucet surprend un soir une conversation entre ses parents, alors que ses frères dorment : souffrant de la précarité de leur vie paysanne, le pauvre bûcheron et sa femme, la mort dans l’âme mais laissant toute foi aller leur pulsion animale, se résignent à perdre dans la forêt leur progéniture (les enfants étaient à l’époque les premiers sacrifiés en cas de malheur). Mais parvenant à se dégager de ce besoin primaire qu’est la faim, le marmot se munit de petits cailloux blancs qu’il laisse tomber un à un derrière lui afin de pouvoir retrouver le chemin du retour, tout comme Thésée sort du Labyrinthe grâce au fil d’Ariane….

L’intégrâle par



Les amoureux du Célé

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En longeant le Célé, si vous avez la chance d’aller un jour à Cabreret in the Lot, vous pourrez croiser un étrange caillou trônant au milieu de la rivière. Pour la petite histoire, il est dit que des amoureux adultères se donnaient régulièrement rendez-vous au bord de l’eau, à l’abri sous les arbres. Mais l’idylle fut de courte durée : l’automne venu, il n’y eut plus de feuillage pour cacher leurs ébats… et la montagne les surprit ! Aussi, furieuse, la falaise se fissura et jeta sur eux le morceau de roche afin de les punir…



le nombre de cailloux de la base d’un triangle…

Crotone, Grande Grèce (Italie du Sud), VIe siècle av. J.-C.

pythagore2.gifPour Théodore, entré à l’Académie depuis à peine un mois, l’idée d’étudier les nombres lui avait d’abord paru saugrenue. Son père, ingénieur et astronome réputé, lui avait surtout appris l’amour des sciences naturelles et de la philosophie. Une solide éducation lui avait ouvert les portes de l’Académie. Il avait impressionné les maître-recruteurs par ses connaissances et par sa personnalité curieuse et perspicace.

Mais, les nombres ? Ne sont ils pas les monotones instruments du commerce et de la mesure ? Quand le maître d’arithmétique avait amorcé son cours d’initiation, Théodore avait eu l’impression d’entendre un illuminé : « Dieu a organisé l’univers au moyen des nombres. Dieu est l’unité et le monde est la pluralité. Le un est le géniteur : tous les autres nombres lui doivent leur existence. L’élévation de votre esprit jusqu’à l’Union Suprême dépend de votre aptitude à comprendre les rapports numériques harmonieux dans tout ce qui existe. Tout Pythagoricien est follement épris des nombres, car tout est nombre ! »

Les cinq novices assis, à même le sol, devant l’orateur enflammé n’osaient plus croiser son regard. Le maître indifférent avait alors plongé la main sous sa tunique et, d’un geste théâtral, jeté une poignée de cailloux au sol :
« Que pouvez-vous dire de ces cailloux ? ».

(suite…)



Et qui sait si ces cailloux ne sont pas mon cœur éclaté ?

Ecrit à Beyrouth en 1974

tripoli176x285.jpg- Père, que fais-tu ?
- Je suis à la recherche de mon cœur. Il est tombé à terre l’autre nuit.

- C’est par ici que tu vas le retrouver ?

- Où donc alors ? Je me baisse vers le sol comme les paysannes en octobre ramassent les olives.

- Tu ne trouveras que des cailloux !

- Bah ! ça entretient ma mémoire et nourrit la conscience que j’ai de moi. Et qui sait si ces cailloux ne sont pas mon cœur éclaté ? Du moins me serai-je entraîné à la recherche solitaire de cette chose qui, égarée, m’a égaré moi-même. Et rien que de chercher c’est, n’est-ce pas ? la preuve que je refuse mon égarement. C’est aussi prouver mon égarement aussi longtemps que je n’ai pas retrouvé cette chose égarée…

Chronique de la tristesse ordinaire, Mahmud Darwish, Ed. du Cerf, 1989



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