Les Géants de Cambayrac (in the Lot)

heslewood.gifDans le très bel ouvrage « Contes et légendes des deux rivières, Dordogne et Lot », aux éditions du Laquet, on peut trouver la légende du dolmen de Sérignac, tout proche de Cambayrac. Dolmen gargantuesque qui avait fait l’objet d’une aventure in the Lot et du coup d’un article il y a quelques temps déjà (lire l’article). Ici, Juliet Heslewood (avec le concours de Laurent Britsch pour les sympathiques illustrations – où enfin les princesses ont des gros nez, j’adore…) nous raconte sans trop rabelaitiser l’histoire des deux géants…

« Il était une fois un couple de géants. Ils vivaient dans une grande grotte qu’il étaient néanmoins parvenu à rendre tout à fort agréable. Ils n’appartenaient pas à cette espèce de géants qui qui aiment à s’immiscer dans les affaires d’autruit et ils semblaient assez satisfaits de passer leurs journées ensemble.

« Que dirais-tu d’une promenade mon coeur », proposerait le géant à sa femme en regardant les premiers signes du printemps nouveau.

Ou bien c’est elle qui dirait plutôt : « Pourquoi ne pas rester à la maison aujourd’hui, mon chéri? » en observant le ciel chargé de pluie qui menaçait de les tremper.

C’était des personnes d’interieur, qui s’acquittaient sans déplaisir de la ronde des travaux quotidiens qui incombent à la plupart d’entre nous. Si vous les rencontriez dans leur cadre habituel, vous n’auriez jamais soupçonné qu’ils étaient différents des autres gens exception faite de leur taille immense. Ils habitaient les vallée et les collines boisées situées en amont de la rivière. Lorsqu’ils se tenaient debout, ils dépassaient le sommet des collines, leur lourde carcasse se soulevant comme les montagnes qu’ils voyaient à l’Ouest. Ils aimaient alors contempler la vue qui s’offrait à leurs yeux, scrutant à travers le pays du plus loin qu’ils le pouvaient. Par-delà, se trouvait la mer. Et à leurs pieds, sur les versants ensolleillés des vallées, croissaient des solides rangées de pieds de vigne.

Les deux géants n’étaient pas doués d’une grande capacité de réflexion. Aussi, lorsqu’ils virent les habitants de Cambayrac, occupés à mesurer un terrain et à creuser de profondes tranchées, ils ne manquèrent pas de s’étonner. Ils firent quelques pas autour du chantier, et, baissant les yeux, sur le petit village, se demandèrent la raison de toute cette agitation.

« Mais que faite-vous donc ? » s’enquirent-ils auprès des villageois.

« Nous bâtissons une église », leur répondirent ceux-ci. Les geux géants échangèrent un regard et esquissèrent un sourire.

« Pouvons-nous vous aider ? » proposèrent-ils, sachant que la force de leurs bras dépassait largement celle d’un homme ordinaire.

« Si vous le voulez. Nous avons besoin de pierres. »

C’est ainsi que les géants se mirent en quête de pierres. Ils connaissaient les collines constituées de roches compactes profondément enfoncées dans le sol. Une fois parvenus à cet endroit, ils convinrent qu’il ne leur serait pas trop difficile de déraciner les arbres et de décaper la surface friable afin de pouvoir détacher des blocs solides et intacts. Ils aplanirent le terrain puis se sentirent très fatigués.

« Nous ferions mieux de terminer demain », décidèrent-ils d’un commun accord.

C’est ainsi que chaque jour, quoiqu’ils aient l’habitude de travailler avec acharnement et avec la meilleur volonté du monde durant la matinée, lorsque le soleil commençait à être déjà haut dans le ciel, les deux géants se sentaient grand faim. Ils retournaient alors dans leur caverne pour faire un feu sur lequel ils préparaient leurs repas. Ils mangeaient alors jusqu’à satiété et buvaient le vin rouge et généreux de leurs vignes. Après quoi, ils s’étendaient à l’ombre fraîche des arbres et sommeillaient. De nombreux jours s’écoulèrent de la sorte. Les deux géants furent bien contents lorsque, après tout ce temps, ils réussirent enfin à tailler deux beaux blocs de pierre pour l’église. En en prenant chacun un sur le dos, ils se penchèrent en avant pour faire contrepoids à leur charge et prirent le chemin du retour qui s’annonçait long et difficile, en direction de Cambayrac.

Les géants avaient beau être solidement bâtis, ils n’en peinaient pas moins, soufflant et haletant sous le poids de leur fardeau aussi étaient-ils parfois contraints de s’arrêter pour reprendre leur souffle. Ils s’assayaient alors le plus souvent sur leur bloc de pierre et goûtaient le vent léger qui, en agitant les branches des arbres les éventait et les plongeait dans un sommeil plein de rêves. Et c’est ainsi que d’autres jours passèrent.

Chaque matin, ils retournaient à l’endroit où ils avaient déposé leur charge et poursuivaient leur route. Lorsqu’enfin ils furent en vue de Cambayrac, ils apprécièrent leur dernière halte. Ils suivaient maintenant un chemin étroit accroché à flanc de colline. Le lourd fardeau qui pesait contre leur dos ne permettait guère aux géants de progresser rapidemeny. Aussi ils se délestèrent des pierres et se mirent à soupirer. Ils étirèrent leurs bras et leurs jambes et furent bien soulagés de découvrir en aval, une source qui jaillissait de la parois d’un rocher. La brise printanière était si rafraîchissante et l’ombre des arbres si agréable, qu’ils décidèrent de rester quelques temps à cet endroit avant de descendre sur Cambayrac. C’est alors que des enfants montèrent à la source, portant des cruches et des seaux qu’ils devaient remplir et ramener au village. Ils concidérèrent les géants avec la plus grande attention.

« Pourquoi nous regardez-vous ainsi ? » leur demandèrent les géants.

« C’est que nous sommes bien contents de vous voir, voilà tout. Des villageois racontaient que vous aviez quitté le pays », répondirent-ils.

« Partis ? » firent les géants avec étonnement. « Mais nous avons travaillé durement et nous vous apportons deux blocs de pierre pour l’église. »

Les enfants échangèrent un regard. Il s’ensuivit un silence singulier. C’était comme s’ils étaient devenus muets tout à coup.

« Avez-vous perdu votre langue ? » s’exclamèrent les géants.

Mais cela ne semblait pas le cas. Petit à petit, quoique d’assez mauvaise grâce, les enfant leur expliquèrent que l’église était terminée. Les villageois s’étaient bien demandé ce qu’il était advenu d’eux mais personne ne semblait les avoir vu depuis si longtemps.

« Que devons-nous faire des pierres, alors ? »

« Vous pouvez toujours les laisser ici, nous pourrons grimper dessus pour nous amuser. »

Les deux géants abandonnèrent donc les pierres à l’endroit où ils les avaient laissées puis ils retournèrent dans leur caverne où ils s’endormirent d’un long, long sommeil. »

Fin



1 commentaire

  1. eleonor 15 mai

    j’adore cette légende…

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